Récits

Les péparatifs de Mme Tivanette

Tic - Tac - Tic TAC - TIC TAC TICTACTICTAC... Les secondes défilent nous pressant vers le grand départ. A quelques semaines de notre emménagement sur Tivano, la to-do liste se remplit plus qu'elle ne s'allège. Monsieur Tivano gère la technique, je m'occupe de la logistique. Avec deux zébulons de moins de deux ans à bord, je dois me former sur le tas à tout un tas de nouvelles compétences. C'est comme ça qu'après m'être longtemps moquée des tendances masochistes de mes copines adeptes des couches lavables, je me surprends à rechercher celles qui sèchent le plus vite sur les forums de maman, et même à investir dans un sèche-linge manuel. Faut dire que la perspective de se trimbaler des jours des sacs poubelles pleins de couches jetables dans notre 15 m² sous les tropiques, ça ne me faisait pas rêver...

Dans mon nouveau rôle de maman hippie, je me plais à tester toutes les recettes de produits de ménage et de soin que je trouve sur internet. La première raison, je l'avoue, est pratico-pratique : dans tous ces produits que l'on achète dans le commerce, il y a plein d'eau additionnée de quelques matières premières qu'il est facile de se procurer. Alors c'est quand même moins encombrant et onéreux de les acheter puis de faire soi même ses produits au fur et à mesure. La deuxième raison est plus noble : tous les produits utilisés sur le bateau sont directement rejetés à la mer, il est donc indispensable qu'ils soient biodégradables.

Pour occuper les p'tivnos, je passe aussi pas mal de temps à acheter du matériel d'éveil. Ils auront encore l'âge de la crèche l'année prochaine, donc pour le moment nous restons sur du basique. Je me prévois également une petite bibliothèque Montessori/Filliozat pour gérer mes futurs questionnements éducatifs ou pédagogiques.

Pour tenir la choc de la solitude à bord, je me concocte enfin une petite réserve de bouquins,de guides de méditation, de yoga et de lectures spirituelles.

Je passe les divers travaux de couture pour le bateau, les achats sécurité, les listes de course dignes de survivalistes névrosés...

 

TICTAC...Tic...tac.....tic.............................tac........................ Le temps défile, puis s'arrête, se distord... Nous sommes impatients, terrifiés, excités, tétanisés, ivres de joie...Dans une poignée de secondes, une pincée de minutes, un soupçon de jours notre vie va basculer dans une nouvelle dimension. Nous abandonnons nos repères confortables pour en reconstruire d'autres au gré des vents et des rencontres au fil de l'eau.... Ca y est, l'aventure peut commencer....

 

Le golfe de Gascogne, un accouchement (sans péridurale)

« Après plus d’un an de gestation, la famille Tivano est très fière de vous annoncer la naissance de son tour du monde à la voile. 10m40 et quelques tonnes, le bébé et ses parents se portent à merveille. »

Cela pourrait être, de manière synthétique et formelle, une façon de résumer la folle aventure dans laquelle nous nous sommes embarqués. Après une année la tête dans le guidon à penser et organiser ce voyage sous tous les aspects possibles (financiers, techniques, médicaux, éducatifs, psychologiques, amicaux, familiaux…), le travail a commencé ce samedi 12 aout. Le bateau était à l’eau depuis 48 heures, la valise pour la maternité attendait sagement dans le coffre de la voiture (prêtée pour l’occasion) le feu vert de la météo. Ce dernier a été lancé vers 22h, en pleine fête de la sardine à La Turballe, après quelques bières trinquées avec les copains venus agiter leurs mouchoirs pour l’occasion.

La première contraction, violente, a surgit dès la sortie du port. Le bateau a gité d’un côté, de l’autre, puis s’est lancé dans une sorte de transe endiablée, comme une danse initiatique que la Mer orchestrait de façon magistrale. Peu téméraire face à ce genre de situation, j’ai sauté de la couchette dans laquelle j’étais sensée endormir les enfants et foncé vers la pharmacie de bord à la recherche d’un comprimé Mercalme. Comprimé avalé entier, tout rond, avant de prendre le temps de lire sur la boîte que ceux-ci contiennent de la caféïne…Comme tout accouchement qui se respecte, la première nuit aura donc été blanche.

Ces premières journées se passent lentement, terriblement lentement. Pas de réseau pour les téléphones, et aucune possibilité d’activité quelconque au risque de déclencher ce fameux mal de mer. Cette impression de temps distendu nous permet de réaliser petit à petit la mise au monde de ce rêve, passant du stade de fantasme à la réalité concrète de la vie sur l’eau. Pour Julia, ce changement brutal de vie est difficile. Elle passe ces trois premières journées dans mes bras, retourne aux couches et aux biberons, et ne décroche plus sa tétine. Gabriel de son coté est ravi : il a plein de nouvelles choses à escalader, et ses parents présents toute la journée.

Petit à petit, la mer me transforme. Je ne m’ennuie plus, je suis pleinement connectée avec le moment présent. Quand le mal de mer surgit, je m’allonge et me réfugie dans le rythme calme et réconfortant de ma respiration. Je m’aperçois que le mal n’est qu’éphémère, et que comme toute chose dans ce monde il finit par prendre fin. Nous arrivons heureusement au bout de trois jours à terre, avant que je me transforme définitivement en Bouddha des mers.

Ca y est, nous sommes en tour du monde et cette nouvelle vie est incroyablement magique.

 

Espagne, Aout 2017

Voilà trois semaines que nous sommes partis, et je sens qu’il est temps de poser par écrit nos premières impressions avant qu’elles ne se fondent dans nos mémoires, délavées par les habitudes qui commencent à se mettre en place.

En vérité, la vie sur l’eau nous plonge tellement dans le moment présent que nous ne pensons plus au passé, et ne nous projetons plus dans le futur. Le roulis lancinant du bateau rythme nos vies, ramenant notre conscience à chacun des gestes de notre quotidien.

Nous sommes arrivés en Espagne le 15 aout, à Camarinas. Charmante petite ville de pêcheurs qui rappelle La Turballe, avec quelques degrés en plus ! Nous nous y reposons quelques jours, au mouillage. L’annexe nous permet d’explorer ses rias, ces bras de mer qui s’insinuent dans la terre pour le plus grand plaisir de nos yeux.

Une fois reposés nous reprenons la mer, et franchissons le Cap Finistère sous un temps idyllique. Bahia de Sardineiro nous accueille au mouillage sur sa côte au sable blanc. Nous y dégustons le meilleur poulpe à la Galicienne que nos papilles n’aient jamais connu. Repus, nous remettons les voiles pour Muros afin d’y trouver un mécanicien qui puisse réviser notre nouveau moteur et réparer celui de l’annexe qui ne démarre plus. Notre escale à la marina dure trois jours, et nous laisse le temps de rencontrer d’autres équipages. Un jour, notre poussette disparaît du ponton où nous l’avions laissée. Tous les équipages aux alentours viennent nous soutenir dans notre recherche, jusqu’au responsable du port, Pedro, qui analyse toutes ses caméras de vidéosurveillance pour découvrir que la poussette a disparu entre 12h25 et 12h26 (c’est une caméra rotative, qui balaie une fois par minute chaque ponton). Les fichiers météos nous indiquent qu’il y a eu de grosses rafales de vent de nord est à cette heure-là, ce qui nous permet de déterminer où la poussette a pu tomber dans les bassins… de12 mètres de fond ! Pedro nous propose gentiment de venir nous aider à la chercher le lendemain matin, pendant ses heures de pause. L’expédition Cousteau « Pierre-Pedro » sera réussie, la poussette récupérée nous reprenons le large direction la ria d’Arousa.

Arousa est la plus grande des rias. Avec ses parcs à moules quadrillant ses eaux, elle a des allures exotiques que notre imaginaire identifie asiatiques. Nous y passons quelques jours avant de repartir pour les îles du parc naturel des islas atlanticas. Ons est notre première destination et nous subjugue par sa beauté sauvage. Nous irons ensuite à Cies, dont les plages de sable blanc et l’eau turquoise nous transportent dans les Caraïbes. Comme la Galice est belle !

Une escale citadine à Vigo nous replonge dans la vie grouillante et trépignante d’une grande ville. J’y éprouve une désagréable impression d’être réveillée en plein rêve et suis contente de nous en échapper dès le lendemain, grâce à une virée à St Jacques de Compostelle. Quelle magnifique ville ! Nous nous perdons dans ses petites rues pavées qui nous rappellent les villages du sud de la France. Les autres touristes sont chaussés en tong, et ont des chaussures de randonnées accrochées à leur sac à dos, à côté d’une coquille Saint Jacques. Ils ont des visages sereins et souriants, et le regard repus des magnifiques paysages qu’ils ont traversés pour arriver là. Il règne dans cette ville une belle énergie dont nous nous imprégnons.

Sur le bateau, la vie de famille se réorganise tranquillement. Pour les enfants, le manque d’espace se fait sentir. Julia est impressionnée par le roulis et délaisse les activités motrices qu’elle affectionnait tant. On la sent plus prudente lorsqu’on est à terre, bien que son plaisir de pouvoir courir et sauter soit immense. Elle développe en revanche à toute allure son langage, qu’elle n’avait pas encore beaucoup investi jusqu’à présent. Enfin, elle profite d’être toute la journée avec nous pour d’immenses sessions de câlins !

Gabriel de son côté n’est pas impressionné par les mouvements du bateau. Il commençait à marcher quelques pas avant notre départ mais l’espace exigu du bateau ne lui permet pas de continuer à s’entraîner, il réserve donc ses quelques pas pour nos sorties sur terre ferme. Ne pouvant pas évoluer à l’horizontal, il a donc choisit de tout escalader sur le bateau ! Il nous impressionne par la force de ses petits bras dodus et de ses abdos grassouillets grâce auxquels il escalade des murs de 4 fois sa taille, laissant sa sœur au sol ! Il n’a en revanche que très peu de conscience de son corps, et nous provoque des frayeurs quotidiennes par ses multiples chutes. Petit à petit, nous sécurisons le bateau en fonction de ses nouvelles ascensions…

Quant à nous, nous sommes très heureux du début de cette aventure qui nous conforte dans nos choix de vie. Le plus gros changement pour nous est le ralentissement et le retour à l’essentiel. Pêcher son poisson, laver son linge à la main, faire son pain… Tous ces gestes nous obligent à nous recentrer sur nos actions et à prendre conscience de la valeur du temps qui passe. Quel bonheur de faire une seule chose à la fois ! En nous abreuvant de machines et de technologies, notre siècle semble avoir avalé le moment présent. Nos mains sont libérées, et c’est là tout notre malheur. Elles sont le garde-fou de notre mental, qui virevolte alors du passé au futur, de projections en interprétations, ne laissant plus aucune prise à fragilité de l’Instant.

Notre petite expérience en famille d’une vie rythmée par le chant des voiles et le murmure des étoiles a bien commencé, et elle est fascinante…

 

Portugal

Nous arrivons au Portugal en compagnie de Xavier, le frère de Pierre qui nous a rejoints pour une semaine. De Caminha à Cascaïs, nous longeons la côte pendant trois semaines en nous arrêtant principalement dans des ports, les mouillages étant rares sur cette côte. Afin d’épargner nos comptes bancaires, on choisira donc de rester plus longtemps dans les deux mouillages que nous dénichons (Leixoes et Sao Jacinto), et ne nous arrêterons qu’une nuit dans les autres escales.

Nous sommes enchantés de l’accueil des Portugais, qui prennent visiblement le temps de vivre. Dans les innombrables pastelarias du pays, les mamies se retrouvent pour papoter autour de délicieuses pâtisseries. On prend vite le rythme local et ne manquons jamais notre petite escale culinaire du matin à la pastelaria la plus proche du mouillage ! Dès que l’on est à terre, les Portugais redoublent d’attention pour nos petites têtes blondes. Les cheveux blanchis par le soleil de Gabriel les font craquer, et notre petit glouton se fait offrir toutes sortes de pâtisseries à coup de sourires coquins…

Les paysages aussi changent de l’Espagne. Les maisons sont recouvertes de carrelage, transformant les rues en mosaïques méridionales. La côte alterne entre falaises et interminables plages de sable fin où les surfeurs dansent avec les vagues.

Après le départ de Xavier, ce sont autour des parents de Pierre de venir passer des vacances Tivanesques. Ils louent une voiture et viennent nous chercher le premier soir pour les accompagner à leur hôtel. Après seulement trois semaines de voyage, nos enfants sont émerveillés par le confort de la voiture, puis hystériques face à l’immensité du hall de leur hôtel. Ils hurlent et courent, sautent sur les canapés, se frottent contre les coussins… Vite, on se dépêche de les monter dans la chambre des grands parents avant que le personnel de l’hôtel ne se fâche ! Nous réalisons en les voyant s’émerveiller de tous les conforts qui faisaient partie de leur quotidien hier combien la vie que nous leur offrons est difficile. A un âge où ils ont principalement besoin de bouger et d’un rythme structuré et régulier, nous leur proposons un bateau de 15m² et un environnement différent tous les jours. Nous décidons donc d’arrêter de faire du tourisme et de nous adapter à leur rythme. Nous allons à terre tous les matins pour les dépenser dans les parcs de jeux, nous restons sur le bateau après le repas pour leur sieste et ressortons après le goûter. Nous sommes partis pour vivre une aventure familiale, nous aurons tout le temps de visiter les pays que nous traversons quand ils seront plus grands !

En mer je prends mes marques. Alors que je ne voyais en partant qu’une étendue de bleu, je découvre des paysages : la mer est tantôt « vallonnée », tantôt « frisée », ses nuances changent selon la luminosité et la force du vent. Elle devient plus intime, comme une nouvelle rencontre se transforme petit à petit en amitié à mesure que l’on se découvre.

Bientôt nous quitterons le continent européen pour rejoindre la transhumance des voyageurs de la mer à travers les îles de l’Altlantique : Madère, Canaries, Cap-Vert puis la fameuse « transat » en direction des Iles des Caraïbes… A partir de notre arrivée à Madère, nous serons seuls sur Tivano pour la première fois depuis notre départ. Après ce premier mois et demi en compagnie de nos proches, nous sommes prêts à nous lancer dans cette chouette aventure, et impatients de trouver notre rythme de croisière. Mais avant cela, il y a la traversée Lisbonne-Madère en compagnie de ma tante Guillemette et mon ami Guillaume, avec qui nous sommes ravis de partager une semaine au sein de notre premier cocon familial, Tivano.

 

Lisbonne à Madère

Nous réalisons cette traversée en la chouette compagnie de Guillaume et Guillemette, laquelle décrit son aventure dans le récit qui suit...

Lisbonne -Madère étape 1: nous sommes partis de Caiscais mercredi dans l'apres-midi, temps chaud, pas de vent. On trouve le vent en sortant de la baie, on hisse la grand voile et le génois. "On" ,c'est Pierre ! Un moment plus tard "on" réduit la voile : trinquette et un ris dans la grand voile. Mais "on" constate que la mer est plate. Ce qui n'est pas l'avis de mon estomac. Ni celui de Guillaume. Ensuite "on " part dormir me laissant la surveillance du traffic maritime : toutes les 10 minutes, jeter un coup d'oeil! Au bout de 20 minutes , navire à l'horizon! Il est loin quand même. .. est ce bien la peine de réveiller notre skipper? Finalement je le réveille et en 10 minutes, on peut admirer un gros porte container pas l'on de nous... C'est mon dernier fait d'arme de la journée qui se termine la tête dans le seau... Pierre vide le seau. Sur ses conseils, je rejoins la couchette sous le vent avec mon seau. Toute habillée et avec mes chaussures. Traversée de la cabine et allongée en moins de 3 secondes...

Pierre vide le seau, encore et encore. Un mot d'encouragemnt, une petite caresse sur la tete. Ca fait du bien au moral... j'entends Jb : "et les medicaments? Tu aurais du prendre du mer calme!!" J'ai pris du mer calme et son cousin espagnol : tout est reparti à la mer , mangé par les poisson qui, eux , n'ont pas le mal de mer . Un peu plus tard, soirée ou nuit je ne sais plus très bien, j'entends Charlotte qui fait des petits bruits de chat qui éternue. ..et entre 2, je l'entends de ma couchette " c'est pas grave Julia, maman fait un petit vomito. Pierre où est la tétine de Gabi?" Ahh Charlotte est donc ma compagne d'estomac retourné. .. puis la nuit arrive, elle calme mon estomac...

Je vais pouvoir dormir..grosse erreur ! Comme dormir quand ca remue comme ca? Et quel boucan ! J'entends le bateau qui couine, grince, gemit , se prend des raclees ( mais qui lance des boules bowling au dessus de ma tete ?) des bruits d'eau, des objets qui glissent, qui tombent... (tout cela est il bien normal ?) impossible de dormir.. à 2h du mat, je tombe et à 4h "guillemette, c'est OK pour ton quart? " j'enfile la salopette de pierre et m'allonge pour 2 heures dans le cockpit. Le ciel étoilé est magnifique : un ciel immense sans arbre, sans immeuble, sans montagne visible d'un horizon à l'autre. J'ai vu plein d' étoiles filantes et Venus se lever au petit matin comme un gros phare orange au dessus de l'horizon..

Debriefing du petit déjeuner : les garçons ont vomi aussi ! ! Bref tous les adultes !

Le petit déjeuner c'est un bon moment pour remettre la tête dans le seau quand on a rien mangé bouh...

Petit point technique pour les amateurs : nous faisons route vers le sud ouest, poussés par les alizés portugais en vent de travers ou arrière selon les moments. Le vent souffle entre 10 et 20 noeuds et nous faisons du 7 noeuds de moyenne. Excellent déjeuner de Charlotte qui se surpasse avec pierre pour les repas car même si ça va mieux, je suis bien incapable de rester plus de 10 secondes dans la cabine sans être allongée. .. la toilette? N'y pensez pas !!

Depuis hier ça va beaucoup mieux : on a bien péché : des daurades coriphenes et des bonites toujours cuisinés par notre couple skipper ! Deuxième nuit de quart : pas d'étoiles, il y avait plein de nuages.. mais de chaque côté du bateaux, on aurait dit des étoiles tombées dans mer ou bien des petites lucioles... c'est le plancton phosphorescent ! Ce soir , on arrive port !

Mouillage dans port de Porto Santo : mer calme, le bateau bouge à peine. Beau temps, même carrément chaud à l'heure du déjeuner. .. ce matin douche à la capitainerie ! Le bonheur! Après plusieurs jours mer, les petites choses du quotidien prennent une valeur exceptionnelle ! ! Ce matin encore , plage et baignade dans une eau à 22 ou 24 degrés. ..

Et les enfants dans tout ça ? Meme pas malades ! Gabriel aime grimper, escalader. C'est son point fort ! Il est donc très souvent relié à la ligne de vie du bateau par un harnais et une sangle. Sur terre, il marche comme un cow boy saoul les jambes un peu écartées se tenant au mur.. il mime son père dans tous ses mouvements : Pierre allume le moteur pour charger la batterie, il règle la manette des gaz, Gabriel est aussitôt là pour mettre la manette à fond si on ne l'empêche pas! Il s'arcboute sur les cordages, touche les winch...Il est très souriant mais peut chouiner un bon moment avant de s'endormir...Julia c'est moins l'aventure sur le bateau ...heureusement !!! Elle fait beaucoup de progrès pour s'exprimer et sait montrer la voile, l'eolienne...! En mer, ils ont du mal à supporter que Charlotte s'éloigne d'eux et tentent de la suivre... ce qui ne se fait pas sans pleur et sans douleur...

Au mouillage, tout est plus calme, y compris les enfants ! 😄

 

Les Canaries, Ile de la Graciosa

Après une traversée musclée de Madère à l’Ïle de Graciosa, nous arrivons dans un mouillage paradisiaque, au pied d’un volcan, à une heure de marche de l’un des deux uniques villages de l’île. A Graciosa il n’y a pas de bitume, et seulement quelques voitures 4X4.

Nous y passons trois semaines, au milieu d’une vingtaine de voiliers partis pour le même voyage… Tous les soirs les équipages se retrouvent sur la plage en annexe. On se reconnaît ainsi d’ailleurs : il y a les touristes qui arrivent par le chemin côtier, et les marins en zodiac, kayack ou paddle ! Quel bonheur de rencontrer tous ces parcours de vie si différents mais tous réunis par un même rêve partagé, que nous avons chacun su transforme en réalité. Très vite les hommes se retrouvent et parlent voilure, moteur, pêche ou électronique de bord... Les femmes abordent de leur côté les aspects éducatifs ou s’échangent les recettes de cuisine ! Et oui, sur un bateau, les rôles sont encore bien genrés ! Cela me convient bien : après ces deux mois en mer, je suis contente d’avoir ma maison flottante mais n’ai développé aucune passion pour le réglage des voiles, et encore moins pour la mécanique du dessalinisateur !

Graciosa rime donc avec premiers « bateaux copains ». Il y a ceux qui partent pour un tour de l’atlantique et préparent déjà leur retour, il y a ceux qui ont tout quitté et ne savent pas où ils s’arrêteront, il y a ceux qui sont à la retraite et bien partis pour vivre des années sur ce nouveau rythme… Et puis il y a Alma Tanem, notre première amitié sur l’eau. Ils viennent de Suisse par les canaux sur leur bateau et partent dans le pacifique. Nous sommes sur la même longueur d’onde. Hug et Pierre parlent des heures de mer, de pêche et de voyage. Sophia et moi parlons enfants, cuisine, premières impressions de notre vie de marine… Elle est éducatrice spécialisée, et nous avons travaillé dans les mêmes secteurs lorsque nous étions à terre. Leur fille Aliya a un an de plus que Julia. Toutes les deux font la paire et tissent une première amitié. Julia est tellement fière d’avoir une première copine ! Et Aliya est rassurée de voir une autre petite fille vivre la même vie qu’elle « mais Julia aussi elle a un bateau à la place d’une maison ? Elle aussi c’est une voyageuse ? » demande-t-elle toute étonnée à sa maman.

Notre nouveau rythme est adapté aux enfants. Julia et Gabriel sont maintenant plus épanouis qu’ils semblent ne l’avoir jamais été. Passer leurs journées avec nous leur fait du bien, et on les sent heureux de vivre. Ils se sont habitués au roulis du bateau et deviennent de vrais petits acrobates à terre. Dans les parcs de jeux ils se transforment en deux petits singes et grimpent avec agilité sur tous les portiques. Nous repensons alors à la suite du programme. On se dit que plutôt que de passer un an aux Antilles avant de traverser le Pacifique, on pourrait passer Panama cette année, pour se poser un an aux Marquises. Nous pourrions scolariser Julia sur l’île de Nuku Hiva, et je pourrais certainement y travailler en tant qu’orthophoniste…

Nous quittons Graciosa remplis d’une belle énergie, avec un équipage serein et revigoré pour la suite de cet incroyable périple.

 

 

 

 

 

 

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